Lancer une entreprise sociale

En Écosse, une nouvelle distillerie fait bien plus que produire du scotch, elle crée de l’emploi pour la communauté.

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Je suis assise à la cantine de la distillerie Isle of Harris, située dans le nord-ouest de l’Écosse, et je me régale de scones chauds avec de la confiture. L’homme qui mange une soupe à mes côtés a élaboré le gin que j’ai goûté plus tôt à la salle de dégustation. La longue table de bois de ce réfectoire a pour but de permettre aux visiteurs de la distillerie d’échanger de manière informelle avec les gens de la communauté. Et, d’ailleurs, je commence rapidement à discuter avec Kenny Maclean, qui est directeur de la production.

« Ici, notre devise c’est : “Ennemis de l’ordinaire” », m’explique mon compagnon de table, un ancien ingénieur en télécommunication qui a récemment été initié à l’art de la distillation. Aucun doute : cette distillerie n’est pas comme les autres. Il s’agit d’une entreprise à vocation sociale qui a été créée pour soutenir la communauté et l’économie locale. Elle emploie des résidents qui n’ont pas d’expérience, aromatise son gin grâce une algue sucrée qui est récoltée à la main, et a créé un panel de dégustation composé d’experts de l’industrie et de gens du cru.

Aucun doute : cette distillerie n’est pas comme les autres. Il s’agit d’une entreprise à vocation sociale qui a été créée pour soutenir la communauté et l’économie locale.

C’est Anderson Bakewell, un agriculteur biologique et musicologue américain, qui a imaginé cette entreprise, surnommée « la distillerie sociale ». Il désirait créer un produit qui capturerait l’essence même de Harris, faire vivre une expérience unique aux visiteurs, tout en stimulant l’économie locale. Les industries traditionnelles comme l’agriculture, la pêche et le tissage ne sont plus rentables pour ces insulaires, et de nombreux jeunes partent faire leur vie sur le continent. Or, l’avenir de cette région balayée par les vents, où vivent 1916 résidents (la moitié de la population dénombrée il y a 50 ans), dépend des jeunes couples qui décident d’y rester pour élever leur famille.

Anderson Bakewell n’est pas le seul à avoir lancé une entreprise qui a pour mission de redonner à la communauté. En 2016, un recensement canadien a répertorié plus de 7000 entreprises à vocation sociale au pays, des compagnies qui ont recours aux stratégies commerciales dans le but d’en faire bénéficier les êtres humains ou de protéger l’environnement. Les 1350 entrepreneurs interrogés déclaraient des revenus totalisant plus de 1,19 milliard de dollars. Ils avaient formé 116 000 employés, fourni des services à plus de 5,4 millions de personnes, et enrôlé des milliers de bénévoles.

Démarrer une entreprise à vocation sociale nécessite toutefois des efforts communs. C’est grâce aux 22 millions de dollars obtenus de 17 investisseurs privés et de subventions du gouvernement écossais que Anderson Bakewell a pu inaugurer sa distillerie en octobre dernier. Ultimement, il prévoit générer 20 emplois pour des gens de la région et attirer 40 000 visiteurs par année, créant ainsi un marché propice à l’implantation sur l’île d’autres entreprises de géotourisme. Il planifie également vendre ses alcools à l’étranger. Il est déjà possible de commander ses gins par la poste, et ses scotches s’ajouteront à l’offre dès qu’ils seront à maturité.

Cette entreprise à vocation sociale a fait ses preuves : en seulement huit mois d’activité, elle a engagé 23 employés, plus que ce qui était projeté, et l’été, qui est la saison la plus occupée, n’est même pas encore arrivé.

Tandis que je réchauffe mes mains près du poêle à tourbe dans le hall de la distillerie, je me demande comment les habitants de cette île, où le sabbat est scrupuleusement observé, se sentent face à leur nouvelle économie plutôt alcoolisée. Évidemment, un employé avenant s’empresse de répondre à ma question. « Pour l’ouverture de la distillerie, nous avons organisé un ceilidh (rassemblement social écossais) avec un groupe de musique dansante, me répond Simon Erlanger, directeur général. On attendait 100 invités, mais ils ont été 900 à y assister – la moitié de la population de Harris – et ils ont dansé jusqu’à une heure du matin. »

Voilà un sens de la communauté qu’il vaut la peine de mettre en bouteille.

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