Ce que vous devez savoir sur les taux d’intérêt négatifs

Vous vous demandez ce qu’on entend par taux d’intérêt négatifs ? Vous n’êtes pas seul à être dérouté par cette question complexe. Laissez-nous vous expliquer ce concept et ce qu’il signifie concrètement pour vous.

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Au cours des derniers mois, les spécialistes de la finance ont abondamment parlé de taux d’intérêt négatifs. En Europe, plusieurs pays appliquent déjà des taux négatifs. Au Canada, le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a déclaré en décembre qu’il n’excluait pas cette option. Mais en dépit de tout ce qui a été dit sur le sujet, les Canadiens ne savent toujours pas ce que sont les taux d’intérêt négatifs et quel impact ils pourraient avoir sur eux.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, mettons les choses en contexte. Il y a quelques années à peine, l’idée que les taux puissent être inférieurs à zéro était purement théorique, car il semblait peu probable que cela se produise. Toutefois, comme l’économie mondiale n’a pas progressé aussi rapidement que prévu au sortir de la récession et que de nombreux pays, surtout européens, sont aujourd’hui en panne de croissance, les banques centrales ont été forcées d’innover pour stimuler la croissance.

Les pays ont commencé par ramener leurs taux à un niveau près de zéro. Pourquoi ? Parce que les taux d’emprunt sont fixés à partir du taux directeur et que plus ce taux est bas, plus l’accès au crédit bancaire est facile. Et si les coûts d’emprunt diminuent, les entreprises investiront davantage et les consommateurs dépenseront plus. C’est du moins le but visé.

Chez nous, la Banque du Canada a abaissé son taux directeur à deux reprises – de 1 % à 0,75 % en janvier 2015, puis à 0,5 % en juillet – pour soutenir l’économie quand les prix du pétrole ont plongé. Comme la baisse des prix de l’énergie se poursuivait, la Banque du Canada a déclaré que non seulement elle était prête à abaisser ses taux à zéro, du jamais vu, mais qu’elle envisageait aussi d’appliquer des taux négatifs.

Pour l’instant du moins, le Canada semble en mesure d’échapper à cette éventualité. La hausse des prix du pétrole et le renforcement de notre dollar donnent meilleure mine aux perspectives de croissance. Lors de sa plus récente réunion en avril, la Banque du Canada a gardé son taux directeur à 0,5 %.

En revanche, certains pays sont déjà passés en territoire négatif. Les taux directeurs de la Banque du Japon et des banques centrales de la Suède, du Danemark et de la Suisse et sont inférieurs à zéro. À -0,75 %, ce dernier pays a les taux les plus faibles de la planète.

POURQUOI INSTAURER DES TAUX NÉGATIFS ?

L’idée qui sous-tend les taux négatifs est la même que celle qui est derrière les taux bas – encourager les gens à emprunter afin de stimuler la croissance économique. Toutefois, la présence de taux négatifs peut constituer une incitation plus forte à investir pour les banques.

L’idée qui sous-tend les taux négatifs est la même que celle qui est derrière les taux bas – encourager les gens à emprunter afin de stimuler la croissance économique.

Des banques qui, cela va sans dire, disposent de sommes importantes et placent leurs liquidités excédentaires sur un compte de dépôt auprès des banques centrales, comme nous le faisons sur notre compte d’épargne. Cependant, quand les taux sont négatifs, les banques doivent payer la banque centrale pour y laisser leurs liquidités excédentaires. On espère ainsi qu’elles choisiront plutôt d’utiliser ces sommes pour financer leur croissance ou prêter aux entreprises et aux particuliers.

Idéalement, les banques centrales ne devraient pas en venir à de telles mesures. Les taux près de zéro devaient inciter les banques à ouvrir les vannes du crédit à ceux qui souhaitaient profiter de la faiblesse des taux d’intérêt, mais les institutions financières se sont montrées réticentes à prêter et les entreprises hésitantes à emprunter. Pourquoi ? En raison de la grande incertitude entourant la direction future de l’économie mondiale.

Quand les entreprises sont nerveuses, elles cessent d’emprunter et réduisent leurs investissements ; quand les banques sont inquiètes, elles resserrent les rênes du crédit. Les taux négatifs visent à leur forcer la main – si les banques sont aux prises avec des marges réduites, elles seront en principe plus enclines à envisager d’investir leur capital.

QU’EST-CE QUE CELA SIGNIFIE POUR VOUS ?

Pour les consommateurs, les taux négatifs sont une arme à double tranchant. À certains égards, ils sont avantageux. Ils permettent d’emprunter à des taux extrêmement bas, que ce soit par l’intermédiaire d’une marge de crédit ou d’un prêt hypothécaire. Même les taux de certains prêts-autos et de certaines cartes de crédit peuvent baisser. Au Danemark, les prêteurs paient les gens pour qu’ils contractent un prêt hypothécaire. (Par exemple, si un taux hypothécaire est fixé à -0,2 %, c’est l’emprunteur qui est rémunéré et non la banque.)

Le revers de la médaille des taux négatifs concerne l’épargne et l’investissement. Le rendement des sommes déposées sur les comptes d’épargne sera pratiquement nul. Il est peu probable que les gens aient à payer la banque pour y déposer leur argent, mais leurs dépôts bancaires seront très faiblement rémunérés.

Les taux négatifs ont aussi une incidence sur les titres productifs de revenus plus sûrs comme les fonds de marché monétaire et les certificats de placement garanti. Le rendement de ces titres est déjà faible, mais si les taux baissent encore, il sera difficile de générer un revenu sur cette catégorie d’actif (en revanche, des taux faibles sont habituellement positifs pour les actions, de sorte qu’elles pourraient s’apprécier.)

LES TAUX NÉGATIFS NE SONT PAS ENCORE LA NORME

Si l’instauration d’une politique de taux négatif est envisageable, il faudrait que l’économie canadienne se détériore rapidement pour que la Banque du Canada passe à l’action. Depuis la mi-février, les prix du pétrole ont progressé d’environ 50 %, ce qui est de bon augure pour la croissance du produit intérieur brut. De nombreux économistes sont maintenant d’avis que le PIB canadien pourrait croître de 2,5 % à 3 % au premier trimestre.

Si la Banque du Canada garde le cap pour l’instant, elle surveillera vraisemblablement l’évolution des prix du pétrole et les répercussions de la baisse du huard sur le secteur manufacturier avant de modifier son taux directeur dans un sens ou dans l’autre.

DES OCCASIONS À SAISIR POUR LES INVESTISSEURS

Les Canadiens pourraient tout de même vouloir discuter avec leurs conseillers financiers de l’incidence de la baisse des taux d’intérêt sur leurs portefeuilles, car il y a des chances que cette incidence soit réelle. Premièrement, les actions ont tendance à s’apprécier lorsque les taux sont faibles alors qu’à l’inverse, les titres à revenu fixe tendent alors à moins bien performer. De plus, les banques pourraient être tentées de hausser leurs frais afin de compenser leurs paiements aux banques centrales.

Par ailleurs, l’or commence à prendre du galon lorsque les taux baissent. Le métal jaune s’illustre habituellement dans une conjoncture économique incertaine. Et, comme l’or ne verse pas de dividendes, il devient plus compétitif dans un environnement où les titres productifs de revenus, comme les obligations, deviennent moins performants.

Les obligations à rendement élevé – les titres de créance émis par les sociétés – deviennent aussi plus attrayantes. Un conseiller expérimenté saura dénicher les obligations présentant peu de risque de défaut de paiement, mais dont les distributions sont quand même acceptables. Les actions à dividendes sont elles aussi avantagées. Plus les rendements sont faibles, plus les gens se tournent vers les dividendes pour obtenir un revenu mensuel.

Cela dit, la tendance vers les taux négatifs n’a pas balayé la planète, et tant que l’économie mondiale continuera de croître, cela ne sera vraisemblablement pas le cas. Toutefois, ce scénario n’est pas complètement écarté non plus, et il n’est donc pas inutile de savoir ce qu’il adviendra si les taux baissent encore davantage.

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