L’espoir selon le général Dallaire

Bien qu’il ait pris sa retraite, le plus célèbre soldat canadien se bat toujours pour une bonne cause.

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Il y a deux ans, Roméo Dallaire a vu sa petite-fille tomber et se cogner la tête contre la table de salon. Elle s’est aussitôt mise à pleurer. Les adultes présents dans la pièce se sont empressés d’aller la consoler. Pas M. Dallaire. Le lieutenant-général à la retraite est resté figé dans son fauteuil. « Ce son a déclenché quelque chose en moi, confie-t-il. Il m’a ramené au Rwanda, 20 ans plus tôt, là où j’ai assisté à des scènes horribles de meurtres d’enfants. J’ai eu peur de prendre ma petite-fille dans mes bras et de l’échapper. »

Commandant des forces de la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR) de 1993 à 1994, le militaire montréalais s’est vu refuser la permission d’intervenir lors du génocide rwandais. Pendant plus de 100 jours, il a assisté au massacre de 800 000 personnes par des civils armés, dont certains étaient âgés d’à peine 10 ans. Pendant que la plupart des pays retiraient leurs troupes de maintien de la paix, le général Dallaire est resté au Rwanda avec seulement quelques centaines de soldats pour défendre des zones où s’étaient réfugiés les Tutsis, le groupe de population menacé d’extermination. Grâce à lui, 32 000 vies ont pu être sauvées. De retour au Canada, M. Dallaire a reçu la Croix du service méritoire, la Légion du mérite des États-Unis et le prix Aegis pour la prévention des génocides. Mais il était alors un homme brisé, hanté par des souvenirs qui l’ont mené quatre fois à tenter de se suicider.

Aidé par des professionnels, des collègues et une prescription de neuf pilules par jour, il est finalement parvenu à prendre le dessus sur les symptômes du trouble de stress post-traumatique (TSPT) dont il souffrait. Il a ainsi trouvé la force de plonger dans ses traumatisantes expériences pour contribuer à un changement. « J’ai réalisé qu’aussi longtemps que les gens m’écouteraient, je pouvais les influencer, et que la vie vaudrait alors la peine d’être vécue », affirme M. Dallaire.

Le deuxième combat d’un soldat

Après avoir quitté l’armée, le lieutenant-général a siégé de 2005 à 2014 au Sénat canadien, puis a pris la décision de démissionner 7 ans avant l’âge de sa retraite. « J’ai un travail plus urgent à accomplir à l’échelle internationale », a-t-il déclaré, en mai 2014, à la presse. Depuis, il se dévoue pour éradiquer le phénomène des enfants-soldats. Un défi de taille, pour lequel il aimerait disposer d’un peu plus de temps. « Ce qui me choque, c’est d’avoir 68 ans plutôt que 48 ans », affirme-t-il.

Dallaire voit une corrélation entre l’augmentation d’enfants-soldats et le nombre de cas de TSPT dans l’armée, en partie parce qu’il est extrêmement difficile de combattre des ennemis d’un si jeune âge. « Les enfants sont horriblement affectés par ce qu’ils vivent, mais les soldats le sont tout autant de devoir ainsi affronter des jeunes drogués, armés jusqu’aux dents, qui sont endoctrinés pour les tuer. Cette situation les place dans un terrible dilemme moral. »

En 2007, l’ex-militaire a fondé l’Initiative Enfants soldats, à l’Université Dalhousie, à Halifax, le premier organisme qui collabore avec les forces de l’ordre pour prévenir le recrutement. Des programmes ont été mis en place en Somalie, en Sierra Leone, en Ouganda, et au Botswana. On prévoit en implanter d’autres au Moyen-Orient où des groupes comme l’État islamique recrutent de plus en plus d’enfants.

En Sierra Leone, l’équipe de M. Dallaire a recours à des bandes dessinées pour démontrer aux enfants quelles sont les méthodes qu’utilisent les recruteurs et les pièges qu’ils peuvent leur tendre. Des jeunes qui sont passés par là ont aussi été formés afin de raconter leur expérience. Des mises en situation permettent également aux policiers militaires et aux gardiens de prison de savoir comment intervenir avec des enfants-soldats, en évitant de sortir systématiquement leurs armes ou de ne pas réagir, ce qui n’est guère mieux.

Combattre le TSPT

Depuis qu’il a quitté l’armée, M. Dallaire s’est donné pour mission d’aider les soldats souffrant de TSPT. En 2013, il est devenu le premier président d’honneur national de Wounded Warriors Canada, un organisme qui propose des programmes de soutien pour les militaires aux prises avec ce trouble, et pour leur famille. Le TSPT est non seulement éprouvant pour ceux qui en sont atteints, mais aussi pour leurs proches. « Imaginez vivre avec quelqu’un qui a des sautes d’humeur sans raison apparente; qu’un seul mot ou une odeur peut mettre à l’envers. Ça crée des tensions horribles dans les familles, et c’est particulièrement difficile pour les enfants qui ne savent jamais comment leur parent va réagir », affirme M. Dallaire.

« Grâce à la révolution technologique, qui a affecté entre autres les communications et le transport, des jeunes de moins de 25 ans se considèrent déjà comme citoyens du monde. »

Wounded Warriors Canada propose aux familles de faire des retraites en pleine nature, ou de participer à des thérapies canine ou équine. « Lorsqu’un vétéran est hyperexcité ou nerveux, les chiens le sentent et sont entraînés pour le calmer, explique M. Dallaire. L’un des chiens parvient même à rappeler à son maître quand il doit prendre ses médicaments. »

La lutte du général Dallaire pour aider les enfants-soldats et les victimes du TSPT est loin d’être terminée. N’empêche que ce père de trois enfants et grand-père de deux petits-enfants nourrit beaucoup d’espoirs envers la prochaine génération. Il a été emballé de voir la jeunesse se soulever contre les dictateurs qui dirigeaient leurs pays à l’occasion du Printemps arabe. Il croit aussi que la technologie pourrait créer un monde meilleur. « Grâce à la révolution technologique, qui a affecté entre autres les communications et le transport, des jeunes de moins de 25 ans se considèrent déjà comme citoyens du monde. Ils forment une génération sans frontière. C’est eux qui feront le prochain grand saut pour faire progresser l’humanité. »

D’ici là, M. Dallaire continuera de lutter à leurs côtés.

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