Repenser la retraite


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Repenser la retraite


Le maintien d’une vie sociale active et la poursuite de ses activités riment avec santé.

Ken Prue croit avoir pensé à tout pour sa retraite. À 59 ans, cadre chez Cineplex depuis longtemps, il possède un compte REER bien garni et assez d’argent dans des REEE pour les études universitaires de ses deux plus jeunes. Mais surtout, il a un plan pour éviter la dépression post-retraite qui a frappé nombre de ses collègues. En tant qu’expert mondial du cinéma numérique, il a prévu une série de projets de consultation lucratifs, qu’il réalisera à partir de sa nouvelle maison de campagne dans le comté de Northumberland, à deux heures à l’est de Toronto, où il a déménagé avec sa femme en quête d’un mode de vie plus simple.

Tout se passe comme prévu jusqu’à ce que Ken Prue encaisse un triple coup dur : sa mère et son meilleur ami tombent malades, et il veille sur eux pendant trois ans, jusqu’à leur décès. Assez de temps pour perdre sa place comme chef de file en technologie numérique pour le cinéma. Il se sépare ensuite de sa femme et la récession fait fondre le peu d’économies qu’il lui reste après le divorce. Ses plans de retraite en lambeaux, il se met à la recherche de nouvelles sources de revenus. « J’ai fait faillite avec deux entreprises douteuses, dit-il avec ironie. J’avais des idées noires. Je me médicamentais à coup de verres d’alcool. Je n’étais pas en bonne santé. »

Comme Ken l’a constaté, la retraite ne consiste pas seulement à être consultant, à voyager et à faire la grasse matinée. Il est important de prendre soin de soi après autant d’années de travail, de rester actif, d’avoir une vie sociale et de respecter son plan de retraite. Autrement, de nombreux problèmes de santé peuvent se déclarer, comme une maladie cardiaque ou une dépression.

Recherches sur la retraite

Plusieurs études, dont celle de Dhaval Dave, professeur agrégé en économie à la Bentley University de Waltham, au Massachusetts, ont démontré qu’une retraite sédentaire peut avoir des conséquences graves sur la santé. Entre 1992 et 2005, le spécialiste a examiné les bilans de santé de 12  000 États-Uniens et a découvert que ceux qui ont pris leur retraite complète ont connu une hausse de 5 à 16 % des difficultés associées à la mobilité et aux activités quotidiennes dans les six années suivant la retraite, et une hausse de 5 à 6 % des maladies telles qu’une maladie cardiaque, un AVC ou de l’arthrite. « Chez la personne moyenne, ajoute-t-il, la retraite entraîne des répercussions négatives généralisées sur la santé physique et mentale. »

Les chercheurs affirment qu’une cause importante des maladies à la retraite est le fait que le travail a souvent été notre activité la plus stimulante. Dhaval Dave explique que la plupart d’entre nous trouvent leur stimulation cognitive et sociale surtout dans leur emploi. Et même si cela n’est pas toujours flagrant, un emploi nous fait bouger : on dépense beaucoup plus d’énergie en allant à pied au travail, ou en marchant simplement du stationnement au bureau, qu’en restant assis devant la télévision. En arrêtant le travail, de nombreux retraités deviennent moins actifs physiquement et mentalement. « Comme dit l’adage : tout s’use lorsqu’on ne s’en sert pas », soutient le professeur.

La planification des occupations

Pour rester heureux et en santé, les retraités doivent demeurer actifs ; or, la plupart des futurs retraités oublient d’intégrer ce détail dans leur planification. À certains égards, prévoir ses activités à l’âge d’or est plus important que jamais. En 1960, l’espérance de vie moyenne au Canada était de 71 ans. Aujourd’hui, elle a augmenté de 10 ans, et de nombreux baby-boomers peuvent vivre au moins deux décennies de retraite. «  C’est une des plus longues étapes de notre vie et pourtant, nous consacrons très peu de temps à la planifier », croit Eileen Chadnick, coach professionnelle certifiée et fondatrice de Big Cheese Coaching à Toronto. « On a tous entendu trop d’histoires sur des parents et des grands-parents qui s’étiolent ou qui déclinent en prenant leur retraite. Notre cerveau a besoin d’une certaine quantité de stress pour fonctionner efficacement. Lorsqu’on commence à se sentir en marge, on peut dire adieu à sa confiance en soi et à ses capacités cognitives. On perd le sens de sa propre valeur. »

« Notre cerveau a besoin d’une certaine quantité de stress pour fonctionner efficacement. »

Quand Chadnick rencontre de futurs retraités, elle s’inspire du langage de la planification financière et les incite à créer un «  portefeuille de retraite diversifié ». Un volet précieux de la répartition de l’actif de ce portefeuille devrait comprendre des occupations contribuant à sa croissance et à son épanouissement personnels : offrir des services-conseils, reprendre des études, devenir membre du conseil d’administration d’une entreprise, d’un organisme à but non lucratif ou d’une association communautaire, être mentor auprès de jeunes professionnels ou faire partie d’une équipe comme le Service d’assistance canadienne aux organismes, qui envoie des professionnels retraités ou semi-retraités dans 40 pays pour les faire bénéficier de leurs compétences. Et il ne faut pas oublier des occupations orientées seulement vers le plaisir, comme les loisirs, les voyages et les activités familiales et sociales.

Il lui a fallu du temps, mais Ken Prue a fini par sortir de sa dépression, notamment parce qu’il a remis sur les rails son plan de retraite en revenant à sa passion : les films. En déménageant dans le comté de Northumberland en 2003, il avait fondé une société cinématographique qui présentait chaque semaine des films sélectionnés dans des festivals que les habitants d’une petite ville n’auraient jamais eu l’occasion de voir autrement.

Cette expérience lui a été profitable en 2011 lorsque le propriétaire du cinéma local a décidé de prendre sa retraite et a proposé à Prue de le racheter. Trois ans plus tard, le cinéma de trois salles attire 85 000 clients par année, une hausse de 20 % par rapport au début. Maintenant âgé de 69 ans, Prue tient la billetterie deux fois par semaine, déniche des films et rédige une chronique dans l’hebdo local, où il fait la critique des derniers films à l’affiche dans son cinéma. « Je sais que l’isolement social est l’une des pires choses qui peuvent arriver aux personnes vieillissantes, dit Prue, dont la santé s’est améliorée en même temps que les recettes de son cinéma. J’ai surmonté cette difficulté. Maintenant, je me tiens occupé et j’ai un but dans la vie. »

Son cinéma a aussi aidé d’autres gens de son âge à se stimuler sur le plan intellectuel. Aller au cinéma est devenu la principale sortie de nombreux aînés à Cobourg, qui compte la population la plus âgée du Canada, avec sa moyenne de 59,9 ans. « J’ai des clients septuagénaires qui viennent voir deux films par semaine, soit 100 % de plus que le nombre de films vus par la plupart des personnes âgées », souligne-t il.

Ken Prue a l’intention de conserver son entreprise tant et aussi longtemps qu’il le pourra : il en a besoin pour vivre. Voici son conseil : « C’est très important de trouver sa passion. Si ce n’est une vocation, du moins un loisir. Ayez une activité que vous aimez et pratiquez-la jusqu’au dernier jour de votre vie. »

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