La grande séduction

À l’île Fogo, un ex-technicien de laboratoire devenu le premier torréfacteur de café ne brûle pas les étapes.

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De sa première vraie bonne gorgée de café, Curtis Burns s’en souvient parfaitement. C’était en juillet 2011, alors qu’il faisait chauffer, pour la première fois, son torréfacteur à lit fluidisé de pointe dans une cabane terre-neuvienne. « Et ce n’était pas aussi mauvais que je le pensais, raconte ce natif des Prairies en riant. Ça n’avait rien à voir avec l’eau de vaisselle bue par mes parents lorsque j’étais enfant ! » Avec cette tasse de café, il lance sa nouvelle carrière de torréfacteur, le seul à 1000 km2 au nord-est de Terre-Neuve.

Une décennie plus tôt, si vous aviez dit à Curtis, 45 ans, qu’il torréfierait et vendrait un jour du café à Fogo, la plus grande île au large de la baie des Exploits, il vous aurait traité de fou. Ce Saskatchewanais d’origine a travaillé pendant 14 ans comme directeur des technologies à l’Alberta College of Art and Design (ACAD), à Calgary.

Il réalise que mettre sur pied une entreprise indépendante de torréfaction de café permettrait à Kay et lui de vivre sur l’île, tout en appartenant à une vibrante communauté d’artistes.

Il aimait ses fonctions à l’ACAD, cependant il était las de la bureaucratie du monde universitaire, de la frénésie urbaine. En 2009, un irrépressible besoin de changement se fait sentir… Il n’hésite pas longtemps avant d’arrêter son choix sur la destination. Dix ans auparavant, sa femme Kay et lui, partis à la découverte de Terre-Neuve, tombaient amoureux de la région. En 2003, ils achetaient un chalet à Fogo, et la décision d’y emménager définitivement a coulé de source.

La torréfaction du café n’est pas la première idée de Curtis. Il envisage d’abord de construire près de chez lui un studio high-tech pour les artistes. Toutefois, lorsque Curtis entend parler du projet de créer un hôtel de luxe doublé d’un programme de résidence d’artistes internationaux, il se dit : « Mais ils vont avoir besoin de café ! » Il réalise que mettre sur pied une entreprise indépendante de torréfaction de café permettrait à Kay et lui de vivre sur l’île, tout en appartenant à une vibrante communauté d’artistes.

Au départ, il investit 25 000 dollars dans son équipement et achète de petites quantités de grains verts biologiques issus du commerce direct. Après plusieurs mois d’expérimentation, Flat Earth Coffee voit le jour. Pendant deux ans, Curtis vend des paquets de café stockés dans le coffre de sa voiture. En 2014, il ouvre les portes de son café, le Outpost Flat Earth.

Curtis n’a aucun regret. Même si, parmi les siens, sa décision de troquer une ville en plein essor contre un milieu rural n’a pas fait l’unanimité. Fait étonnant, dans la région, le nombre de « revirements de carrière » est en hausse. « Les habitants croient à tort que j’ai de la famille ici, mais je suis un Terre-Neuvien par choix ; nous sommes de plus en plus nombreux à l’être, dit-il. Et tous ces gens boivent du café ! »

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