La deuxième vie de Lloyd


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La deuxième vie de Lloyd


Le présentateur de nouvelles qui a mené la plus longue carrière à la télévision canadienne parle de sa vie trépidante de retraité.

Après 10 minutes de marche en compagnie du célèbre chef d’antenne national Lloyd Robertson, je me rends compte que je ne porte pas les bonnes chaussures pour cette entrevue. Je voulais impressionner l’une des plus importantes personnalités du milieu journalistique canadien avec une robe et des sandales à talons compensés, mais la tenue de Robertson (short kaki, espadrilles et lunettes fumées) est plus appropriée pour une promenade d’été.

Son look est beaucoup plus décontracté que le costume-cravate que la plupart des Canadiens lui connaissent. Celui qui a été le visage de CTV News pendant plus de 35 ans paraissait fringant derrière le pupitre de chef d’antenne, l’épinglette de l’Ordre du Canada fièrement fixée au revers de son veston, les cheveux impeccablement coiffés. Aujourd’hui, lorsqu’une légère brise ébouriffe sa célèbre chevelure, il lance, en plaisantant, à son agente de longue date : « Patricia, vous avez apporté le gel pour les cheveux ? »

On ne pourrait pas être plus loin d’un plateau de télévision qu’au cœur du domaine luxuriant du quartier Swan Lake à Markham, en Ontario, où nous déambulons. Depuis 1997, c’est ici que vivent Lloyd Robertson et sa femme Nancy. Nous flânons entre les bosquets, sur des passerelles, autour d’un étang calme au centre de la propriété. Robertson attire mon attention sur le cimetière indien en bordure du terrain, et salue jovialement chaque passant.

Ici, il est dans son élément. À des lieues des projecteurs et de son fauteuil de chef d’antenne. Il fait cette promenade de 40 minutes quatre fois par semaine, lorsqu’il fait beau : « Il est extrêmement important de rester actif. Si on continue de bouger, l’esprit continue de fonctionner. »

Depuis qu’il a pris sa retraite officielle en 2011 et cessé d’animer le bulletin de fin de soirée, l’ex-présentateur a plus de temps pour bouger. En plus de ses promenades régulières, il fait de l’exercice avec un entraîneur deux fois par mois, et s’est récemment mis au Pilates. Mais ses journées sont toujours bien remplies. Coanimateur de W5, l’émission d’affaires publiques hebdomadaire de CTV, il se rend au bureau deux ou trois fois par semaine. Il se tient aussi occupé grâce aux entrevues, conférences et tournées de promotion de ses mémoires, récemment publiés sous le titre That’s the Kind of Life It’s Been (un jeu de mots avec sa marque de commerce, la phrase qui concluait chacun de ses bulletins, «… and that’s the kind of day it’s been»).

Je lui demande pourquoi, à 80 ans, il travaille toujours autant : « Je travaillais à fond de train chaque jour et je pensais que si j’arrêtais brusquement, je me casserais la figure. La perspective d’arrêter complètement m’effrayait. Je voulais ralentir, mais je n’avais pas vraiment de plan de retraite. J’envisageais simplement de travailler à mon propre rythme. Prendre une pause était hors de question. »

N’importe qui aurait du mal à laisser de côté une carrière aussi longue et louangée. Lloyd Robertson détient à ce jour le record de la plus longue carrière de chef d’antenne national de l’histoire de la télévision en Amérique du Nord, amorcée en 1952 dans une station de radio locale de sa ville natale, Stratford, en Ontario. « À mes débuts, il n’y avait pas d’écoles de journalisme écrit ou parlé, se souvient-il. J’ai appris au fur et à mesure, avec l’expérience. »

Il fait le saut en télévision en 1954, au sein de l’équipe des nouvelles de CBC à Winnipeg, puis est nommé présentateur de l’émission The National de 1970 à 1976, avant de devenir chef d’antenne du bulletin National News de CTV. Pendant 35 ans, il s’est adressé à la nation derrière ce pupitre, annonçant de sa célèbre voix suave de baryton les grandes nouvelles des dernières décennies, dont neuf Jeux olympiques, la course de Terry Fox, les événements du 11 septembre et 14 élections canadiennes.

Après notre promenade, Robertson propose de poursuivre notre entretien dans un café du coin. Nous sommes à peine assis qu’une serveuse reconnaît la personnalité publique et s’approche de notre table : «  Votre voix est si apaisante, s’exclame-t-elle. J’ai grandi avec elle ! »

Le talent unique de Robertson pour créer un lien avec le public lui a valu de nombreuses consécrations, dont l’Ordre du Canada en 1998. En outre, les lecteurs du TV Guide ont voté pour lui 11 années consécutives, l’élisant chef d’antenne le plus digne de confiance du Canada. Son talent l’a aussi fait entrer dans le salon de millions de Canadiens. « Ce qui m’a marqué le plus profondément à mon départ, dit-il, c’est que les gens aient aimé ce contact quotidien au point de me considérer comme un membre de leur famille. »

À la retraite, c’est de sa propre famille que souhaite s’occuper Robertson. Il mentionne souvent ses enfants et ses petits-enfants au fil de notre conversation. « L’aînée de mes petites-filles est journaliste. Elle pose des questions sans arrêt, confie-t-il. Son premier article vient d’être publié dans le New York Times. »

L’un de ses objectifs à la retraite est de passer plus de temps avec ses sept petits-enfants et ses quatre filles, qu’il n’a pas vue grandir autant qu’il l’aurait voulu. Pour cette raison, il a bien hâte à la réunion familiale que Nancy et lui organisent chaque année dans un chalet au sud du parc Algonquin.

Il peut désormais explorer ses passions. « Maintenant que j’ai ralenti le rythme, j’ai l’occasion de faire autre chose, comme voyager ou me lancer dans des projets d’écriture », dit-il en soulignant ses récents voyages en Méditerranée et dans les mers du Sud. La Russie, la Chine, l’Afrique et la Turquie sont inscrites sur la liste de ses prochaines destinations.

« Je m’ennuyais [des nouvelles du soir] lorsque j’ai quitté la vie professionnelle. Mais ce sentiment est chose du passé. Je me suis habitué à une cadence différente. »

Un autre de ses objectifs de retraite est de consacrer plus de temps à des œuvres de bienfaisance. « J’ai vécu une belle vie et j’ai été très chanceux, alors une bonne partie de mes activités consiste à redonner au suivant », explique-t-il. À titre de porte-parole de divers organismes de santé mentale, comme la Commission de la santé mentale du Canada et la Mood Disorders Association of Ontario, Robertson est souvent amené à parler de sa mère, qui a souffert de graves troubles mentaux et subi une lobotomie préfrontale lorsqu’il était jeune. « À l’époque, la discrimination envers les gens atteints d’une maladie mentale était profonde, se souvient-il. Aujourd’hui, c’est mieux, mais les stigmates sont encore bien visibles. » Il donne de son temps à la Société de l’arthrite, à des associations d’enseignants et à d’autres causes. Il participe même au conseil d’administration des condos de Swan Lake. « Ce partage est ce qui m’apporte le plus de satisfaction aujourd’hui. »

Personne ne sait où la retraite mènera Lloyd Robertson. À écrire un livre sur la santé mentale ? Sur l’histoire canadienne ? Chose certaine, il est le premier à admettre qu’il s’est plutôt bien adapté au rythme lent de la retraite. « Je m’ennuyais [des nouvelles du soir] lorsque j’ai quitté la vie professionnelle. Je ressentais un vide tous les jours. Mais ce sentiment est chose du passé, dit-il. Je me suis habitué à une cadence différente. »

Bien qu’il aimerait encore couvrir les grandes nouvelles qui défraient la chronique, l’ex-chef d’antenne affirme que la retraite lui convient parfaitement. « Je ne vis plus dans la routine, dit-il en prenant sa dernière gorgée de café, et je m’en porte très bien. »

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