La dernière mission


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La dernière mission


Chris Hadfield entame l’ultime étape de sa carrière, la plus ambitieuse : inspirer ses contemporains à bâtir un monde meilleur.

Lors d’un récent voyage au Mexique, je me suis retrouvé assis à côté d’un garçon de neuf ans qui n’était jamais monté à bord d’un avion. Tandis qu’il regardait par le hublot, sa mère m’a confié que c’était son premier vol et qu’il était passionné par l’espace. Quand j’ai mentionné que j’interviewerai Chris Hadfield quelques semaines plus tard, son regard s’est illuminé. Non seulement il connaissait cet astronaute canadien à la retraite, mais il semblait avoir pas moins de 100 questions à poser à l’ancien commandant de la Station spatiale internationale.

Des millions de personnes – tous ceux qui, pendant les six mois allant de décembre 2012 à mai 2013, ont suivi chaque geste de Hadfield dans l’espace – ont connu le même émerveillement que ce garçon. Grâce aux images éblouissantes, du Canada et de pays étrangers, qu’il a publiées sur les médias sociaux et à ses vidéos, où il nous explique comment il mange et pleure, nous avons pu nous faire une idée de la vie d’astronaute. Même si vous n’aviez jamais pris l’avion auparavant, vous pouviez concevoir ce qu’est la vie dans l’espace.

Bien que de nombreux astronautes aient accédé à la célébrité, personne n’a captivé l’attention du public comme Chris Hadfield l’a fait depuis que Neil Armstrong, le premier, a mis le pied sur la Lune. Dans le monde actuel, où l’on mesure la popularité en nombre d’abonnés Twitter, Hadfield, avec près de 1,1 million de fidèles lecteurs, est sans contredit l’explorateur spatial le plus célèbre.

En principe, Hadfield a pris sa retraite de l’Agence spatiale canadienne en juillet 2013 et il est peu probable qu’il quitte à nouveau l’atmosphère terrestre. Après plus de vingt ans passés à l’extérieur du Canada – au Texas, en Russie et quelque part entre la Terre et la Lune – Chris Hadfield s’embarque maintenant pour sa prochaine aventure. Si tout se déroule comme prévu, celle-ci ne sera pas moins inspirante que sa dernière mission.

Hadfield me téléphone par un froid matinal de janvier. Le genre de journée où l’on aimerait être n’importe où sauf ici, mais il est aussi plein d’entrain et jovial que lorsqu’il nous transmettait des vidéos de là-haut. Le vortex polaire ne semble pas décontenancer ce père de trois enfants qui a grandi à Milton, en Ontario, probablement parce qu’il ne s’est pas réhabitué à la vie au Canada. De sa nouvelle demeure à Toronto, il m’appelle pendant le déballage des boîtes. « Nous venons d’acheter une maison, dit-il. Vous n’avez pas idée de ce que ça représente. »

C’est la première résidence canadienne qui lui appartient en propre depuis des lustres, et cet événement marque le début d’une nouvelle vie pour Hadfield. Depuis qu’il a 9 ans, il n’a d’autre but que d’être astronaute et il a tout fait pour réaliser son rêve, y compris déménager de villes en pays. À mesure qu’il montait en grade, son ambition n’a cessé de croître, jusqu’au jour où il a dirigé une mission pour aider à la construction de la Station spatiale internationale lors de son deuxième vol, en 2001.

Maintenant que sa carrière d’astronaute est terminée, il poursuit des objectifs plus terre-à-terre : consacrer du temps à sa famille, écrire des livres (son premier ouvrage, Guide d’un astronaute pour la vie sur Terre, paru au mois d’avril en français chez Libre Expression, connaît un succès monstre au Canada et aux États-Unis), enseigner à l’Université de Waterloo, construire un toit pour son hangar à bateau et donner des conférences dans tout le pays. Même si ces occupations peuvent sembler moins nobles que de graviter en orbite autour de la Terre, il affirme qu’il aborde sa vie « après l’espace » avec la même détermination qui l’a propulsé au sommet de sa carrière.

Oser rêver

Si quelqu’un sait transformer en réalité un rêve d’apparence fantasque, c’est bien Chris Hadfield. Il a décidé de devenir astronaute en 1969, après avoir vu Neil Armstrong et Buzz Aldrin marcher sur la Lune. Or, le Canada n’avait pas de programme spatial à l’époque. D’aucuns auraient dit adieu à leur rêve, mais Chris était déterminé à montrer qu’il avait l’étoffe d’un astronaute. Avec un peu de chance, un jour, un Canadien serait choisi pour aller dans l’espace.

Au fil des années, il a rassemblé toutes les compétences dont il aurait besoin pour commander une navette. Adolescent, il avait reçu sa licence de pilote de planeur, puis il s’était engagé dans l’Armée canadienne, où il a piloté plusieurs types d’avion. Il a aussi obtenu un diplôme en ingénierie du Collège militaire royal et une maîtrise en systèmes aéronautiques de l’Institut spatial de l’Université du Tennessee. Pourtant, il lui restait encore du chemin à faire avant de pouvoir voyager dans l’espace.

Son rêve s’est presque écroulé en 1986, lorsque la navette spatiale Challenger s’est désintégrée, tuant les sept membres d’équipage à bord. À l’époque, il était pilote de l’Aviation royale, marié et père de deux enfants. « Je gagnais trois fois rien, puis Challenger a explosé et le programme spatial est parti avec elle en fumée, raconte-t-il. Je me suis alors demandé : pourquoi est-ce que je me donne autant de peine ? Je n’ai aucune chance d’y arriver. » Il était prêt à revenir à des visées plus pragmatiques (lesquelles, il ne le sait plus trop), mais sa femme l’en a dissuadé : « Elle m’a dit : si tu renonces à ton rêve à cause de cette impasse, tu le regretteras toute ta vie. »

Sa persévérance a finalement été récompensée quand, en 1992, il a été admis à l’Agence spatiale canadienne, deux ans après sa création, et qu’il a effectué son premier vol spatial, en 1995. Ses rêves de vol intersidéral étant devenus réalité, il a alors ambitionné de devenir le premier Canadien à commander la Station spatiale internationale. Cette fois encore, son projet a bien failli avorter. Neuf mois avant la date prévue de son départ, on lui a diagnostiqué des adhérences abdominales nécessitant une intervention chirurgicale. Or, les astronautes redoutent par-dessus tout de tomber malades. « Tu peux attendre ta chance pendant des années, et puis un problème de santé surgit et tu restes cloué au sol, lâche-t-il. J’étais complètement désillusionné. Je ne participerais pas à ce vol de la Station spatiale. »

Pendant les six mois qu’a duré son rétablissement, il a harcelé ses employeurs pour qu’ils le laissent partir. « J’essayais de les convaincre que ça en valait le coup malgré le risque médical. » Ce fut une période difficile. Il continuait de s’entraîner pour devenir commandant de la SSI tout en faisant son possible pour se remettre rapidement. Avec toute cette effervescence, il a perdu près de dix kilos. Le plus difficile, toutefois, a été d’accepter le fait qu’il n’était pas maître de la situation. « Ça m’était tombé dessus comme ça, sans raison, et je n’avais pas vraiment d’emprise sur ce qui m’arrivait », raconte-t-il. Pourtant, il n’a jamais perdu son objectif de vue et, heureusement pour tous, on l’a finalement laissé partir.

Droit au but

Chris Hadfield n’en serait pas là aujourd’hui s’il ne s’était pas autant acharné à atteindre son objectif. Il aborde sa vie après l’espace avec la même détermination. Les buts qu’il s’est fixés ne sont pas tous d’ordre professionnel. Il veut apprendre comment les conifères grandissent et se reproduisent, une information qu’il pourrait sûrement trouver sur le Net, mais Hadfield n’est pas le genre d’homme à opter pour la facilité : « Si je décidais de passer le week-end à apprendre tout ce qu’il y a à savoir sur les pommes de pin, le dimanche soir, j’en serais transformé. Je me serais rapproché un peu plus de ce qui me tient à cœur. »

Hadfield, philosophe, croit dur comme fer qu’on peut repousser ses limites. « Il faut se lancer un défi, puis travailler sur soi pour se rapprocher de son but, soutient-il. Au bout du compte, on se rend compte qu’on n’est plus tout à fait la même personne qu’avant. »

« Il faut se lancer un défi, puis travailler sur soi pour se rapprocher de son but. Au bout du compte, on se rend compte qu’on n’est plus tout à fait la même personne qu’avant. »

La prochaine génération

L’astronaute s’est fixé des « milliers » de buts comme il dit, mais il y en a un qui l’occupe en particulier : poursuivre le travail qu’il a commencé à la Station spatiale. Rien à voir avec les sciences ou la navigation. Il se rend régulièrement dans des écoles où il donne des conférences sur la vie à bord de la SSI, sur ce que ces six mois dans l’espace lui ont appris sur le monde qui nous entoure, et sur les moyens de réaliser ses rêves.

Même si on se souviendra toujours de Chris Hadfield comme du premier Canadien à avoir commandé la Station spatiale internationale, ce sont ses tournées de conférences, si inspirantes et motivantes, qui pourraient laisser les traces les plus tangibles. En racontant son histoire et en partageant ses visions fabuleuses, il amène les gens à se rendre compte que tout est possible. Et plus nombreux sont ceux qui poursuivent leurs rêves, mieux nous nous portons tous : « J’estime qu’il est nécessaire d’inspirer les jeunes, qui ont tellement de possibilités devant eux. On ne peut pas améliorer notre qualité de vie sans inventions, sans nouvelles technologies, sans remettre en question ce qui nous entoure pour en repousser les frontières, mais pour ce faire, il faut inspirer les jeunes et stimuler leur créativité. » Hadfield a constaté à quel point le programme spatial a favorisé l’innovation. Il a donné des conférences dans les plus grandes sociétés technologiques, comme Twitter et Tumblr, et même si aucun membre de ces sociétés n’est devenu astronaute, tous affirment que le programme spatial les a amenés à voir grand. « Ils sont fascinés par l’exploration spatiale, ça leur trotte dans la tête et les pousse à définir leur appartenance au monde. »

Tous les astronautes ne partagent pas leur expérience comme Hadfield le fait. Il pourrait vivre une retraite paisible, mais après ce qu’il a vu dans l’espace, il ne tient tout simplement pas en place : « Je suis l’un des premiers êtres humains à avoir vécu temporairement en dehors de la Terre. Ce serait vraiment inconsidéré et égoïste de ma part de ne pas le partager avec autrui. » Il soutient qu’il accomplit quelque chose d’important en partageant ainsi son vécu : « Plus tu en sais, plus tu peux aider quelqu’un, en particulier un jeune, à prendre de meilleures décisions. »

Quelques mois se sont écoulés depuis que, en route vers le Mexique, j’ai pris place à côté de ce petit gars de 9 ans. Je ne peux m’empêcher de me demander quelle influence auront sur lui les paroles de l’astronaute. Tandis qu’il contemplait la Terre pour la première fois depuis son hublot, il a probablement éprouvé le même ravissement que Hadfield pendant son premier vol spatial. Ce gamin commence à entrevoir les possibilités qui s’ouvrent à lui, et si le pilote peut modestement contribuer à la réalisation de ses rêves, ce sera pour lui une récompense bien plus grande encore que tout ce qu’il a pu accomplir dans l’espace. « Pour les enfants, la vie est encore pleine de possibilités, dit-il, une histoire qui reste à écrire. Ils sont éveillés, ils sont curieux, alors pourquoi ne pas leur parler par Skype pendant que je dîne à la Station spatiale ? Une expérience de vie, tu ne gardes pas ça pour toi. »

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