Vaccin: les pays plus vulnérables ne doivent pas être négligés, dit l’OCDE

OTTAWA — Alors que le gouvernement Trudeau est obligé d’expliquer les retards dans le déploiement des vaccins contre la COVID-19, certains des leaders mondiaux de l’économie et de la santé mettent en garde contre des conséquences financières catastrophiques si les pays les plus pauvres sont négligés en matière de vaccination.

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Lors d’une rencontre vidéo organisée lundi par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), basée à Paris, le secrétaire général Angel Gurria a prédit que les pays riches verraient leur économie se contracter de milliers de milliards de dollars s’ils n’en faisaient pas plus pour aider les pays pauvres à recevoir des vaccins.

Les dirigeants de l’Organisation mondiale de la santé et d’autres ont également déploré les dommages à long terme du « nationalisme vaccinal » continu si les tendances actuelles se poursuivent — les pays riches obtenant une cure de pandémie à un rythme beaucoup plus élevé que les plus pauvres.

Certains groupes internationaux de lutte contre la pauvreté ont critiqué le Canada pour avoir prévu de recevoir 1,9 million de doses du programme international de partage de vaccins COVAX, qui est principalement conçu pour aider les pays pauvres à se payer des vaccins inabordables, mais permet également aux pays riches donateurs — y compris le Canada — de recevoir des vaccins.

M. Trudeau et ses ministres travaillant sur le dossier des vaccins ont répété à plusieurs reprises que la pandémie ne pouvait pas être éradiquée définitivement si elle n’était pas vaincue partout.

Ils ont souligné que le Canada est une nation commerçante qui dépend du bien-être des autres pour sa prospérité économique — en particulier avec l’émergence de nouveaux variants du virus identifiés en Afrique du Sud et en Grande-Bretagne.

Mais leurs protestations sont généralement noyées dans la clameur intérieure qui tend à mettre en évidence des comparaisons défavorables du déploiement des vaccins du Canada avec celui des États-Unis, de la Grande-Bretagne ou d’autres pays.

Lundi, M. Gurria — qui a dirigé l’OCDE pendant 15 ans — a proposé un argument évitant toute prétention d’altruisme.

« C’est une chose intelligente à faire. C’est éthiquement et moralement juste. Mais c’est aussi économiquement juste », a-t-il déclaré.

« L’économie mondiale risque de perdre jusqu’à 9200 milliards $, soit près de la moitié de la taille de l’économie américaine, juste pour mettre les choses en contexte (…), dont la moitié reviendrait aux économies avancées, de sorte qu’elles perdraient environ 5000 milliards $. »

L’OCDE est un forum international d’une trentaine de pays principalement démocratiques et développés, dont le Canada, qui vise à favoriser la croissance économique et le commerce. Elle mène également des recherches économiques complètes et publie le rapport annuel le plus fiable au monde sur les dépenses des pays riches en aide étrangère.

M. Trudeau a déclaré la semaine dernière que le Canada restait déterminé à aider les pays pauvres à faire face à la COVID-19 par le biais de son engagement de 220 millions $ dans le programme COVAX et de son engagement de 865 millions $ envers l’Accélérateur ACT, qui tente de garantir l’accès équitable aux traitements médicaux pendant la pandémie aux pays à revenu faible ou intermédiaire.

Mais Jorge Moreira da Silva, directeur de la coopération pour le développement de l’OCDE, a déclaré que le programme COVAX est sous-financé de 5 milliards $, tandis que l’Organisation mondiale de la santé prévoit un déficit de 27 milliards $ pour l’Accélérateur ACT.

Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a déclaré que 75 % des doses de vaccin étaient administrées dans 10 pays riches.

« Il est compréhensible que les gouvernements veuillent donner la priorité à la vaccination de leurs propres travailleurs de la santé et leurs personnes âgées en premier. Mais il est injuste de vacciner les jeunes adultes en bonne santé dans les pays riches avant les travailleurs de la santé et les personnes âgées dans les pays à faible revenu », a noté M. Tedros au forum de l’OCDE.

« Nous devons nous assurer que les vaccins, les diagnostics et les thérapies vitales atteignent les personnes les plus à risque et en première ligne dans tous les pays. Ce n’est pas seulement un impératif moral. C’est aussi un impératif économique. »

M. Trudeau a répété à plusieurs reprises que tous les Canadiens qui veulent un vaccin en recevront un d’ici la fin septembre, mais qu’il est trop tôt pour dire comment le gouvernement décidera éventuellement de partager ses doses excédentaires à l’échelle mondiale.

Lors du forum de lundi, un porte-parole de l’industrie pharmaceutique a déclaré que les aléas de la livraison de vaccins aux pays pauvres se transformeraient en «un énorme succès» dans les mois à venir.

« Je pense que c’est dangereux de dire, vous savez, que c’est déjà une énorme injustice morale parce que (…) vous aurez un déploiement important dans les pays en développement », a déclaré Thomas Cueni, directeur général de la Fédération internationale des associations et fabricants de produits pharmaceutiques.

« Je n’ai pas vu un seul pays industrialisé, à l’exception peut-être d’Israël, où des personnes jeunes et en bonne santé sont vaccinées. »