À Davos, des leaders canadiens de l'investissement évoquent la transition énergétique

TORONTO — Deux leaders canadiens en matière d'investissement ont fait un plaidoyer pour la transition vers des énergies propres lors de la version virtuelle du Forum économique mondial de Davos, mercredi, alors que de plus en plus d'investisseurs du monde entier réclament des engagements concrets en matière de durabilité.

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L'ancien gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a affirmé que les politiciens pouvaient aider les marchés à financer la transition vers des économies à « zéro émission » à l'aide d'engagements crédibles. M. Carney a fait valoir que le plan de tarification du carbone du Canada était un exemple d’engagement à long terme, puisqu'il porterait la taxe fédérale à 170 $ la tonne d’ici 2030, par rapport à 30 $ actuellement. 

« Je pense que nous atteignons le point de bascule. Reste la question de l'exécution. Comment cette volonté politique est-elle canalisée? » a affirmé M. Carney, qui s'exprimait en tant qu'envoyé spécial des Nations Unies pour l'action climatique et les finances.

Il a évoqué les récents accords d'achat de vaccins contre la COVID-19 comme un exemple de ce qui peut être accompli lorsque la volonté politique est mobilisée pour des contrats.

M. Carney, qui est également vice-président de Brookfield Asset Management, a affirmé que ses recherches montraient que les marchés financiers et économiques s'adapteraient aux objectifs futurs, tels que les interdictions à venir des moteurs à combustion interne en Europe. Il a en outre évoqué ses recherches avec la secrétaire au Trésor américain et ancienne présidente de la Réserve fédérale des États-Unis, Janet Yellen, qui suggéraient que les marchés « aplaniraient » les hausses des prix du carbone.

« C'est ce que les marchés font le mieux. Et lorsque vous arrivez au point où le prix est élevé, l'économie s'est ajustée », a expliqué M. Carney.

Lors d'une séance distincte, le chef de la direction du Régime de retraite des enseignants de l’Ontario (RREO, aussi connu sous le nom de Teachers) Jo Taylor, a affirmé qu’en tant qu’investisseur à long terme, le régime de retraite essayait de pousser son portefeuille de sociétés vers la durabilité, plutôt que de se désengager immédiatement d’entreprises à forte intensité de carbone. Le régime de retraite a annoncé la semaine dernière qu'il s'engageait à atteindre des émissions nettes de gaz à effet de serre nulles d'ici 2050.

« Grâce à cet engagement, plutôt qu'au désinvestissement, je pense que nous pouvons particulièrement pousser ces entreprises à faire un meilleur travail et à fournir une aide et des services supplémentaires dans le monde, où ils peuvent ne pas être immédiatement disponibles », a fait valoir M. Taylor.

Les commentaires de MM. Carney et Taylor à Davos surviennent alors que 61 chefs d'entreprise mondiaux ont déclaré, lors du forum, qu'ils commenceraient à utiliser un ensemble normalisé de mesures et de divulgations environnementales, sociales et de gouvernance.

La société d'investissement mondiale BlackRock a également annoncé cette semaine qu'elle commencerait à procéder à un « examen plus approfondi » pour les investissements qui posent un risque lié au changement climatique, appelant à davantage de divulgations des entreprises non seulement sur le changement climatique, mais aussi sur des objectifs sociaux tels que l'équité, la diversité et l'inclusion.

Dans sa lettre aux dirigeants d'entreprises, le chef de la direction de BlackRock, Laurence Fink, a souligné qu'entre janvier et novembre 2020, une augmentation de 96 % avait été observée, d'une année à l'autre, dans les investissements en actifs durables dans les fonds communs de placement et les fonds négociés en Bourse.

M. Carney a affirmé que, au fur et à mesure que les gouvernements signeront des engagements visant le « zéro émission nette », cela « tombera en cascade » dans les grands fonds de pension, les compagnies d'assurance et les fonds souverains.

« Nous n'investissons pas souvent seuls, nous devons donc persuader d'autres investisseurs », a expliqué M. Taylor. Certains des investisseurs avec lesquels nous travaillons ont une vision beaucoup plus à court terme de ce qu'ils essaient d'accomplir. »


Anita Balakrishnan, La Presse Canadienne