La Banque de l’infrastructure investira 10 milliards de dollars pour favoriser la reprise post-pandémie

OTTAWA — Le gouvernement libéral s’engage à dépenser 10 milliards de dollars, qui dormaient depuis des années dans les coffres de la Banque de l’infrastructure du Canada (BIC), dans le but de créer des milliers d’emplois après la pandémie.

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Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a déclaré que ce plan, étalé sur trois ans et destiné à créer 60 000 emplois, élargira l’accès à l’Internet haute vitesse et permettra la construction d’infrastructures d’irrigation agricoles dans les provinces de l’Ouest et la transition écologique du parc de transport en commun.

Il n’a pas mentionné de projets particuliers et ne compte pas injecter de nouveaux capitaux, mais il a précisé les domaines prioritaires dans lesquels la BIC a l’intention d’investir.

Cette réorientation des dépenses vise notamment à augmenter l’efficacité énergétique des immeubles, à fournir un financement abordable pour l’achat d’autobus zéro émission ou à réduire le risque associé aux projets agricoles dont les rendements sont incertains à cause des fluctuations des prix des produits de base.

Le gouvernement a redéployé 10 milliards des 35 milliards qui constituaient l’enveloppe initiale de la BIC et a déjà alloué une partie de ces fonds aux services à large bande dans les zones rurales et à la transition écologique des transports en commun.

Michael Sabia, président du conseil d’administration  de la Banque de l’infrastructure du Canada, promet que les fonds ne resteront pas inactifs. Selon lui, la BIC devrait annoncer des projets d’ici la fin de 2020.

Jeudi, lors d’une conférence de presse à Ottawa, M. Sabia a indiqué que d’importants travaux ont été accomplis, mais qu’il y encore beaucoup à faire.

« La mise en œuvre de ce plan d’investissement est une priorité absolue. »

Ancien président-directeur général de la Caisse de dépôt et placement du Québec, M. Sabia a été nommé président du conseil d’administration en avril, lors d’un remaniement de la haute direction de la BIC. La personne qui succèdera au président-directeur général n’a pas encore été nommée.

En avril, le gouvernement et lui avaient prédit que la BIC jouerait un rôle important dans la relance économique post-pandémie.

Les libéraux ont créé la BIC en 2017 pour mobiliser des fonds auprès de partenaires du secteur privé, en particulier de grands investisseurs institutionnels comme les caisses de retraite, pour financer ce que le gouvernement a appelé des projets d’infrastructure « transformationnels ».

La BIC a toutefois été critiquée en raison du faible nombre d’investissements réalisés jusqu’ici, puisqu’elle n’a financé que neuf projets. En automne dernier, durant la campagne électorale fédérale, les conservateurs et le NPD ont promis d’abolir la BIC s’ils étaient élus.

Jeudi, le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, a réaffirmé cet engagement. Pour lui, le plan annoncé par les libéraux n’a rien de nouveau.

« Les travailleurs de la construction du Nouveau-Brunswick, les navetteurs de Montréal et les travailleurs agricoles des Prairies n’ont que faire des mots-clics et des séances de photos des libéraux, a-t-il déclaré.

Ils ont besoin d’un vrai plan pour construire des routes, des ponts et des voies ferrées. »

Pour les libéraux, ce plan s’inscrit dans la campagne, annoncée la semaine dernière dans le discours du trône, qui vise à créer un million d’emplois pour relancer une économie ravagée par la pandémie. Il vise aussi à aider le gouvernement à atteindre l’objectif de carboneutralité qu’il s’est fixé pour 2050.

Les nouveautés de ce plan sont l’affectation de 1,5 milliard de dollars pour les infrastructures agricoles dans l’Ouest et de 2,5 milliards de dollars dans les énergies propres, c’est-à-dire la moitié des 5 milliards de dollars précédemment alloués aux infrastructures vertes.

De plus, 2 milliards de dollars sont prévus pour raccorder environ 750 000 ménages et entreprises aux services à large bande; les fonds alloués ont donc augmenté puisque la BIC avait reçu l’instruction d’investir 500 millions de dollars en 2018. Durant l’été de 2019, les libéraux ont promis de dépenser 6 milliards de dollars d’ici 2030 pour rendre accessibles les services à large bande, d’un bout à l’autre du pays.

Un montant supplémentaire de 500 millions de dollars est prévu pour accélérer les étapes qui précèdent la mise en chantier, comme les études et les rapports techniques.

M. Sabia a indiqué que les projets qui obtiendront le soutien de la BIC devront contribuer à la croissance économique et attirer des capitaux privés de manière à transformer 1 $ de fonds publics en 2 $ ou 3 $ de dépenses, et devront permettre à la BIC de récupérer ce qu’elle aura versé.

Il a précisé que la BIC avait déjà commencé à examiner les projets existants et potentiels.

« Des analyses ont été réalisées parce que nous avons connaissance de ces projets. Ce plan est donc très concret, il est construit de manière ascendante et nous en sommes très satisfaits. »

Pour Taylor Bachrach, porte-parole du NPD en matière d’infrastructures, la BIC a démontré son incapacité à concrétiser des projets. 

« L’approche de cofinancement public-privé que les libéraux continuent de défendre finit régulièrement par coûter plus cher aux Canadiens à long terme, tandis que les investisseurs privés continuent d’amasser des millions », a-t-il affirmé.

Par voie de communiqué, le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval a déclaré que les provinces et les villes doivent recevoir les fonds directement et sans condition pour financer leurs projets. Au lieu de cela, déplore-t-il, le gouvernement libéral de M. Trudeau propose de nouveaux prêts.

Ce rapport de La Presse canadienne a été publié pour la première fois le 1er octobre 2020.

Jordan Press, La Presse Canadienne

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