Fin du moratoire sur le remboursement des prêts : les étudiants espèrent une prolongation

Le moratoire accordé par Ottawa sur le remboursement sans intérêt des prêts étudiants fédéraux prendra fin dans quelques semaines, mais les étudiants et les diplômés affirment qu’une prolongation de cette mesure atténuerait les pressions financières liées à la pandémie.

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Gloria Mellesmoen, doctorante en linguistique à l’Université de la Colombie-Britannique, a profité de cette période de gel des intérêts pour accélérer le remboursement du capital de son prêt.

« Il était réconfortant de voir ce montant commencer à diminuer, ça allégeait un peu la pression, a-t-elle confié lors d’un entretien téléphonique. »

« Comme c’est un gros montant à rembourser, c’est rassurant de pouvoir réduire le montant des intérêts que j’aurai à payer et de commencer à rembourser ma dette d’études. »

Ottawa a suspendu le remboursement pour environ un million de bénéficiaires de prêts d’études fédéraux, et ce du 30 mars au 30 septembre. Aucuns intérêts courus durant cette période.

Toutefois, les étudiants et les organisations affirment qu’il est trop tôt pour mettre fin à ce délai de grâce.

Bryn de Chastelain, président du conseil d’administration de l’Alliance canadienne des associations étudiantes, a indiqué que son groupe souhaite qu’Ottawa prolonge le moratoire. 

« Je pense que cela aiderait beaucoup les étudiants à reprendre pied » a-t-il déclaré depuis Halifax.

Il a fait remarquer que le marché de l’emploi continue de souffrir de la pandémie, ce qui crée du stress chez les étudiants et les récents diplômés, qui jonglent avec les prêts à rembourser, les frais de scolarité élevés et les autres factures.

L’alliance a commandé un sondage en ligne, mené par Abacus Data auprès de 1 000 étudiants, dont elle a publié les conclusions en juin. Soixante-quinze pour cent des répondants estiment que la pandémie plombera leurs finances et leurs perspectives d’emploi au-delà de 2020.

Pour Emily Grant, qui a récemment obtenu une maîtrise en gestion politique à Ottawa, la pandémie nuit à sa recherche d’emploi.

Elle explique que non seulement la concurrence est vive dans son secteur en temps normal, mais que les employeurs qui ont transféré leurs activités en ligne ont mis un frein à leurs projets d’embauche.

De plus, les occasions de réseautage en personne ont disparu durant la pandémie, en raison des règles sanitaires.

Jointe au téléphone, elle explique que cela complique les choses, parce qu’on ne peut plus participer à des événements où l’on peut rencontrer des employeurs potentiels.

Elle espère que le moratoire sera prolongé ou que le marché de l’emploi connaîtra une croissance, mais l’incertitude ajoute du stress et de l’anxiété à la planification de ses finances et de sa carrière.

« Honnêtement, c’est une catastrophe, et c’est inattendu ».

Vendredi, une personne du bureau de la ministre fédérale de l’Emploi, Carla Qualtrough, a fait une déclaration qui ne faisait pas mention d’une prolongation du moratoire sur le remboursement des prêts d’étude.

En revanche le Programme d’aide au remboursement a été mentionné pour ce qui est de l’après-moratoire.

La déclaration mentionnait également les mesures récemment annoncées, destinées à soutenir les étudiants cet automne, d’une valeur de 1,9 milliard de dollars, notamment une augmentation des bourses d’études et une hausse du plafond hebdomadaire des prêts d’études à faible taux.

Par ailleurs, le groupe Undergraduates of Canadian Research-Intensive Universities, une coalition d’associations étudiantes, a proposé une période de grâce de deux ans pour le remboursement des prêts d’études des récents diplômés, afin de faciliter leur intégration à un marché du travail fortement ébranlé.

Dans le cadre des consultations prébudgétaires pour cette année, le groupe a fait valoir qu’une prolongation du délai de grâce, dont la durée est actuellement de six mois, aurait un double effet positif.

Les recommandations précisaient : « Le gouvernement aidera les étudiants à rechercher un bon emploi et à moins s’endetter, soutenant les Canadiens et stimulant l’économie canadienne pour contrer les effets de la pandémie ».

« Les pressions liées au remboursement de leur prêt d’études étant moins fortes, les étudiants pourront revoir leurs projets de vie, songer à accéder à la propriété immobilière et être admis dans la classe moyenne plus tôt que ce que les circonstances antérieures l’auraient permis. »

Publiée en automne dernier, l’Enquête nationale auprès des diplômés, 2018 de Statistique Canada a révélé que, à l’obtention de leur diplôme, 54 % des titulaires d’un baccalauréat ont une dette d’études qui s’élève à 28 000 $, en moyenne.

Selon Jackie Porter, planificatrice financière agréée, ceux qui devront bientôt rembourser leur emprunt devront être disposés à s’adapter au marché de l’emploi, comme ont dû le faire tous les travailleurs, quelle que soit l’étape de leur carrière, cette année.

Jointe au téléphone, elle fait remarquer que les propriétaires d’entreprise qui sont beaucoup plus proches de la retraite ont actuellement la même conversation et que les étudiants ont donc le temps de leur côté pour retomber sur leurs pattes.

« L’important pour eux sera de ne pas s’installer dans le court terme. »

Elle recommande de retourner vivre à la maison, si possible, pour réduire les coûts, de postuler pour des emplois plus variés et de suivre une formation supplémentaire afin de se démarquer des autres candidats, tout en planifiant pour les prochaines années.

De l’avis de Lesley-Anne Scorgie, experte en finances personnelles établie à Toronto, bien que la dette étudiante soit une source de stress et qu’il soit important de planifier le remboursement des prêts, cette forme de dette est un facteur de croissance des revenus, en fin de compte.

« C’est un lourd fardeau à supporter, mais c’est une des meilleures dettes que l’on puisse contracter », affirme-t-elle.

Ce rapport de La Presse canadienne a été publié pour la première fois le 18 septembre 2020.

Holly McKenzie-Sutter, La Presse Canadienne

 

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