Pourquoi notre cerveau nous empêche-t-il d’épargner ?

On sait tous qu’il faut mettre de l’argent de côté, toutefois plusieurs ont du mal à économiser en vue de leur retraite. Pourquoi ? C’est la faute de notre cerveau.

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Épargner pour sa retraite demande beaucoup d’efforts, même quand on gagne un bon salaire. Selon le dernier recensement, 65 % des Canadiens mettent de l’argent de côté pour leurs vieux jours, et pourtant, le taux d’épargne national (la différence entre les revenus des ménages et leurs dépenses) est désormais aussi bas que 4,6 %, alors qu’il était de 20 % en 1989.

Ceux qui n’économisent pas, ou pas assez, ont tendance à culpabiliser quand arrive le moment de cotiser à leur REER (cette année, la date limite est le 1er mars). Ils peuvent toutefois se réconforter en sachant que des chercheurs en psychologie ont démontré que le fonctionnement même de notre cerveau peut nuire à l’épargne. Heureusement, il existe des façons de lutter contre la psychologie.

Des chercheurs en psychologie ont démontré que le fonctionnement même de notre cerveau peut nuire à l’épargne.

Dépenser, c’est si bon

Parmi les principaux obstacles à l’épargne, il y a les dépenses : ou plutôt, la réaction de notre cerveau à l’idée de posséder un objet convoité. Tous ceux qui ont déjà acheté un nouveau gadget savent à quel point cela peut procurer du bien-être. C’est principalement dû à la sécrétion de dopamine dans notre cerveau lorsqu’on fait une bonne affaire ou qu’on obtient quelque chose ardemment désiré.

« Beaucoup de gens misent sur la décharge de dopamine qu’ils ressentent en mettant la main sur un article intéressant ou en solde pour ajouter un peu de piquant à leur vie. C’est probablement l’aspect le plus problématique du magasinage : on peut devenir accros à la chasse aux aubaines », affirmait Kit Yarrow, professeure à l’Université Golden Gate, à San Francisco, dans un article paru sur le site Medscape.

Avni Shah, professeure adjointe de marketing à l’Université de Toronto à Scarborough, est du même avis. Elle ajoute que, plus on dépense, plus on en redemande. « Que ce soit par ennui ou pour une autre raison, ceux qui dépensent veulent toujours faire davantage d’achats. Ils accordent moins d’importance à l’argent et sont moins enclins à épargner. »

Nous ne voyons pas l’avenir

Le fait qu’on ait du mal à s’imaginer à la retraite est un autre obstacle. Selon Hal Hershfield, professeur à l’école de gestion de l’UCLA, lorsqu’on se projette dans l’avenir, on voit un étranger plutôt que la personne qu’on deviendra. Ce qui nous dissuade de poser des gestes pour améliorer nos conditions dans le futur. On préfère vivre dans le moment présent (par exemple, en dépensant notre argent) au lieu d’épargner pour aider un « étranger » dans deux ou trois décennies.

Dans le cadre d’une étude célèbre, Hal Hershfield a montré à la moitié de ses sujets des photos d’eux-mêmes. Il avait modifié celles-ci en leur ajoutant des rides, des poches sous leurs yeux et des cheveux gris afin de les vieillir. Il a ensuite demandé à l’ensemble des participants comment ils distribueraient un montant de 1000 $ entre quatre possibilités : acheter un cadeau pour quelqu’un, épargner pour leur retraite, organiser une sortie ou déposer l’argent dans un compte-chèques. Ceux qui avaient vu leur photo truquée ont désiré placer deux fois plus d’argent dans un fonds de retraite que ceux qui n’avaient pas vu de portrait vieilli d’eux-mêmes.

L’épargne est une notion abstraite

Même si on sait qu’on doit mettre de l’argent de côté, économiser pour une chose aussi lointaine que sa retraite est trop abstrait pour que notre cerveau puissent l’assimiler. Ce qui rend ce genre d’objectif beaucoup plus difficile à atteindre.

« Des décennies d’études psychologiques ont démontré que, parmi les buts que l’on se fixe et que l’on poursuit, ceux qui sont abstraits sont les plus difficiles à atteindre. On a du mal à établir un plan d’action pour y parvenir et on aura davantage tendance à procrastiner ou à abandonner », écrivait Utpal Dholakia, professeur en gestion à l’Université Rice, de Houston, dans un article paru dans le magazine Psychology Today.

À défaut de se fixer un montant tangible, on risque de continuer à remettre l’épargne à plus tard.

Vaincre la psychologie

Heureusement, il est possible de changer sa façon de concevoir l’épargne. Selon Tamara Sims, chercheuse au Stanford Center on Longevity, il importe de penser à cet argent de manière concrète plutôt qu’abstraite. Cela implique d’établir un objectif de retraite précis qu’on pourra s’employer à atteindre.

Quant aux dépenses, Ryan Howell, professeur adjoint en psychologie à l’Université d’État de San Francisco, suggère d’attendre 24 heures avant de faire un achat impulsif. La plupart du temps, le désir d’acheter se dissipe.

Avni Shah croit que payer avec des billets plutôt qu’avec une carte peut aussi faire une différence. « On remarque moins ce qu’on achète à crédit qu’en argent comptant », explique-t-elle.

Enfin, on devrait penser davantage à l’avenir. Selon Hal Hershfield, si on est capable de s’imaginer dans 20 ans, on parviendra à mettre davantage d’argent de côté. On peut même aller jusqu’à afficher un portrait de nous avec les traits vieillis.

« Une photo peut fonctionner, affirmait Hal Hershfield dans un article du Harvard Business Review. Mais il faut s’assurer de continuer à la regarder, d’avoir conscience que cette personne dépend de nous et, qu’ultimement, nous deviendrons cette personne… que son corps est simplement un peu différent. »

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