Questions d’investissement > Quatrième trimestre 2011
Aujourd’hui, à l’ère de l’information, nous nous fions le plus souvent aux médias pour nous tenir au courant des événements qui touchent nos portefeuilles de placement. Mais cette dépendance à l’égard des médias peut être lourde de conséquences pour nos stratégies d’investissement.
Les études le confirment : les investisseurs sont influencés par les médias. Nous réagissons non seulement aux faits qui sont rapportés, mais aussi à la vitesse et au volume de l’information et au type d’information privilégié par les médias. Qui plus est, ce foisonnement peut favoriser les mauvaises nouvelles au détriment des bonnes. Comme les spécialistes du comportement l’ont prouvé, c’est dans notre nature en tant qu’être humain de nous attarder à ce qui est négatif plutôt que positif. Malheureusement, en cédant au pessimisme et à la panique, on prend des décisions d’investissement qui n’ont rien à voir avec la réalité.
« […] les médias – journaux, magazines, radio, télévision et maintenant Internet – se considèrent comme des observateurs objectifs des événements sur les marchés, mais en fait ils contribuent eux-mêmes à ces événements », fait remarquer le réputé professeur d’économie Robert Shiller, de l’université Yale, dans son livre intitulé Irrational Exuberance. « Durant les périodes considérées par les médias comme décisives, beaucoup de gens voient les médias comme leur conseiller de dernier recours. » M. Shiller avertit qu’il ne faut pas sous-estimer la capacité des médias de façonner l’attention du public.
Plusieurs études américaines montrent que les investisseurs sont influencés par la couverture médiatique. C’est particulièrement le cas en période de repli de l’économie ou des marchés.
Le Pew Research Center, dans le cadre de son projet pour l’excellence en journalisme, a étudié la couverture médiatique de la récession de 2008 et de la reprise de mars 2009 en analysant près de 10 000 reportages diffusés à la télévision, à la radio, dans les journaux et sur Internet.

« Ce qui saute aux yeux, c’est que la couverture de l’économie a diminué aussitôt que le sentiment d’inquiétude s’est atténué, fait remarquer ce centre basé à Washington. Après avoir représenté 46 % de la couverture médiatique globale en février et mars [2009], la couverture de la crise économique a baissé de plus de la moitié d’avril à juin [2009]. Elle a encore chuté en juillet et août. » Comme le fait remarquer l’étude, pas de nouvelles, bonnes nouvelles.
Le Pew Research Center a également découvert une corrélation entre le comportement des marchés boursiers et la couverture médiatique : « Nous en avons vu un exemple frappant au début d’avril. Lorsque le Dow a dépassé les 8 000 points, la couverture de l’économie a plongé à 17 % entre le 6 et le 12 avril. C’est seulement le tiers de la semaine précédente. […] Avec la remontée des marchés, la couverture de la crise financière s’est faite plus discrète. »
D’autres études confirment le lien entre confiance des investisseurs et couverture médiatique en période de difficultés économiques. Dans Sentiment During Recessions (2011), Diego Garcia, de la University of North Carolina, se base sur la couverture du secteur financier par le New York Times sur une période de 100 ans terminée en 2005 pour étudier le rapport entre le contenu médiatique et le comportement du Dow Jones. Il en conclut lui aussi que la couverture médiatique est particulièrement forte durant les périodes de difficultés économiques, et en particulier lors des récessions.
Dans Giving Content to Investor Sentiment: The Role of Media in the Stock Market, Paul C. Tetlock mesure l’interaction entre les médias et le marché boursier d’après le contenu d’une rubrique quotidienne du Wall Street Journal, Abreast of the Market.
M. Tetlock remarque qu’un fort pessimisme dans les médias permet de prédire de façon assez certaine une pression à la baisse sur les marchés. Il note également qu’un pessimisme exceptionnellement fort ou faible annonce un fort volume d’échanges sur les marchés, et que de faibles rendements alimentent le pessimisme des médias. M. Tetlock considère ainsi que la mesure du contenu médiatique est un bon indicateur de l’humeur des investisseurs.
Alors, comment ferez-vous pour ne pas trop vous laisser influencer par les médias, surtout lorsqu’ils sont exagérément centrés sur les mauvaises nouvelles?
Tout d’abord, vous devez avoir conscience de vos propres préjugés et opinions lorsque vient le temps de prendre une décision.
Efforcez-vous de faire abstraction du tapage médiatique pour vous concentrer sur vos objectifs à long terme. Autrement dit, cherchez à savoir où vous voulez aller et comment y aller plutôt que de vous soucier de la direction des marchés durant la journée.
En restant fidèle à vos objectifs et en faisant preuve de discipline, vous jetterez les bases d’un excellent rendement à long terme. Les investisseurs qui modifient leur portefeuille sur un coup de tête après avoir entendu de mauvaises nouvelles risquent de causer beaucoup plus de tort à leur portefeuille que les difficultés temporaires de l’économie ou des marchés. Le fait d’entrer et de sortir du marché pour tenter de le déjouer – le plus souvent au mauvais moment – peut compromettre l’atteinte du but recherché en investissant dans des fonds communs de placement.
© Groupe Investors Inc. 2012