Est-il maintenant trop tard pour investir?

Pour les investisseurs sur la touche, nous avons de bonnes nouvelles.

Depuis les creux qu’ils ont atteints au début de 2009, les marchés boursiers mondiaux se sont redressés spectaculairement. Les indicateurs économiques sont de plus en plus encourageants et laissent présager une reprise. Serait-il donc trop tard pour réintégrer les marchés?

La réponse est non. Auraient-ils pu investir à un meilleur moment? Probablement. Mais trouver le moment idéal pour entrer sur les marchés est un petit jeu auquel les investisseurs n’excellent pas particulièrement selon Meir Statman, professeur de finance à la Santa Clara University.

D’après M. Statman, les gens investissent habituellement au mauvais moment. Dans un article du Wall Street Journal, The Mistakes We Make – and Why We Make Them (24 août 2009), il a souligné cette coûteuse erreur fréquemment répétée.

« En février 2000, la Bourse de Toronto avait atteint un sommet (+44 %), et 78 % des investisseurs pensaient que c’était un bon moment pour investir, écrit-il. Mais le TSX a ensuite perdu des plumes en 2001 et 2002. Par ailleurs, en mars 2003, en pleine période d’angoisse alors que les marchés avaient perdu 19 %, seulement 41 % des investisseurs pensaient que c’était un bon moment pour investir. C’était en fait une excellente occasion. Je crois que peu d’investisseurs ont vu le mois de mars 2009 comme une occasion à saisir, étant donné la peur qui régnait sur les marchés. Ils avaient tort encore une fois. » Effectivement, l’indice composé S&P/TSX s’est apprécié de plus de 35 % en 2009 (fig. 1), alors qu’il avait perdu plus de 30 % en 2008.

En rétrospective

En mars 2009, les marchés boursiers canadiens se sont effondrés à leur niveau le plus bas en cinq ans, pour ensuite bondir de plus de 50 %. La Bourse de New York a quant à elle sombré à son niveau le plus bas en 12 ans avant de faire un bond de plus de 60 %. Les Bourses du monde entier ont suivi le même schéma.

Mais pour beaucoup d’investisseurs, il n’y a pas eu de rebond; ils sont sortis du marché pendant le terrifiant plongeon – concrétisant leurs pertes au pire moment –, et n’y sont pas revenus pour profiter de la remontée. C’est dans la nature humaine d’extrapoler, de supposer que la réalité actuelle se poursuivra dans l’avenir. Durant un cycle baissier, il nous est difficile de croire que la situation pourrait s’améliorer et, inversement, qu’elle pourrait empirer pendant un cycle haussier. En tant qu’investisseurs, nous craignons les crises sur les marchés, mais apprivoiser cette peur peut nous permettre de profiter des occasions qui s’ensuivent.

Le succès repose davantage sur l’adoption d’une perspective à long terme que sur la sélection du moment propice pour entrer sur les marchés et en sortir.

Les données historiques nous donnent un bon aperçu de la nature des marchés et des économies et de leur évolution cyclique. Les étapes typiques du cycle (croissance, déclin, récession et reprise) reflètent les mouvements de l’économie, tels que mesurés par des indicateurs clés comme l’emploi, les prix et la production. Le cycle se répète mais peut varier en intensité et en durée. On constate tout de même que les périodes de croissance économique ont rarement été courtes. En fait, selon le National Bureau of Economic Research (NBER), les hausses qui ont immédiatement suivi une récession ont duré en moyenne près de 5 ans avant 1960, et près de 6 ans depuis (fig. 2).

Lorsqu’on regarde les données des 80 dernières années, on constate qu’un cycle baissier dure en moyenne 21 mois, entraînant une perte moyenne de 39 %, alors qu’un cycle haussier dure en moyenne 51 mois, provoquant une hausse moyenne de 151 %. En résumé, non seulement les hausses sont-elles plus fortes que les baisses, mais elles durent aussi plus longtemps.

Comme l’a déjà dit Benjamin Graham, auteur du livre L’investisseur intelligent, à court terme, la Bourse est une machine à voter, et à long terme, une machine à peser. C’est-à-dire qu’à court terme, les cours des actions sont largement dictés par les émotions des investisseurs, mais qu’à long terme, ils reflètent la valeur réellement créée.

Ce que le marché entrevoit

En tant qu’indicateur avancé, le marché boursier regarde toujours vers l’avant. Il a vu que l’économie n’était pas si mal en point, que le capitalisme n’était pas en train de sombrer, et a donc entrepris une ascension. Notons que si les mouvements à la baisse étaient principalement tributaires des émotions des investisseurs, le retour en force se fonde quant à lui largement sur les données fondamentales.

Le principe voulant que les Bourses s’apprécient toujours à long terme demeure tout aussi vrai qu’auparavant. Bien qu’on ait pu en douter devant la force du repli des marchés, la puissante remontée des cours boursiers et l’amélioration des données économiques fondamentales ont permis d’en constater encore une fois toute la pertinence. Et à moins de réintégrer les marchés, les investisseurs ne pourront pas bénéficier du potentiel de croissance à long terme des actions.

Certains observateurs croient qu’un regain de la croissance des bénéfices des entreprises et le réinvestissement des liquidités qui ont été sorties du marché pourraient s’avérer les grands catalyseurs d’une remontée soutenue. Ils ont aussi identifié des signes qui seraient de bon augure pour les marchés boursiers, entre autres la reprise économique et le retour en force de certains secteurs qui tardaient à se ressaisir, par exemple celui des actions de croissance, lequel prend la relève des actions de petites et moyennes entreprises qui avaient jusqu’ici constitué le moteur de la reprise.

La récession et la reprise qui l’a suivie sont conformes aux cycles économiques passés : les indicateurs avancés ont prédit la fin de la récession et le début de la reprise, et les valeurs cycliques précoces (technologie, consommation discrétionnaire et finance) ont immédiatement pris le dessus après la chute des marchés.

L’investisseur qui hésite encore à revenir sur les marchés n’est toutefois pas influencé par l’orientation des marchés ou des secteurs, mais bien par la peur.

La débâcle boursière qui s’est déroulée du deuxième semestre de 2008 au début de l’année 2009 a sévèrement ébranlé nombre d’investisseurs. Beaucoup restent allergiques au risque, malgré les gains qui se profilent à l’horizon. Faute de se lancer par peur d’une autre dégringolade des cours, ils risquent de rater d’excellentes occasions.

Que faire, alors?

Alors comment l’investisseur échaudé et inquiet peut-il surmonter son aversion peut-être irraisonnée pour le risque de manière à profiter des rendements boursiers à long terme?

En comprenant d’abord les raisons de son comportement et l’effet de ses émotions sur ses décisions de placement. Restez-vous en dehors du marché après mûre réflexion et des recherches approfondies, ou parce que vous êtes angoissé? Votre position se fonde-t-elle sur des faits ou des émotions? Suivez-vous une logique rationnelle ou êtes-vous immobilisé par la peur?

  • Envisagez de réintégrer graduellement le marché. Investissez petit à petit au moyen de prélèvements automatiques. Ces placements échelonnés vous permettrontde profiter de la croissance actuelle des marchés tout en tempérant le risque lié à l’investissement d’une seule grosse somme.
  • Vérifiez que votre portefeuille répond bien à vos besoins. Il doit correspondre à votre tolérance au risque. En préservant l’équilibre de votre portefeuille, vous augmentez vos chances de succès et risquez moins de vivre les affres de l’anxiété.
  • Ayez une perspective à long terme. Rappelez-vous qu’il ne sert à rien de se concentrer sur les péripéties boursières quotidiennes. Ne perdez jamais de vue la ligne d’horizon – vos objectifs à long terme. De là l’importance d’avoir un plan financier complet et bien conçu pour garder le cap.

Sous le déluge d’information, il est tentant d’adopter une vision à court terme et d’oublier que les marchés boursiers finiront bien par retrouver leur équilibre. À long terme, la normalité reprend ses droits. À titre d’exemple, depuis 1947, le rendement moyen du S&P/TSX sur des périodes mobiles de 30 ans n’a jamais été inférieur à 10 % (taux annuel composé). La poussée des marchés boursiers ne s’arrête jamais définitivement; elle n’est qu’interrompue.

Cinq signes positifs

Une reprise économique profite toujours aux marchés boursiers et aux investisseurs qui souhaitent les réintégrer. Voici cinq signes encourageants à considérer :

  • Résultats. Les résultats des sociétés continuent de dépasser les attentes, ce qui est de bon augure pour leur rentabilité et les rendements boursiers.
  • Croissance des sociétés. Les sociétés connaissent leur plus rapide croissance depuis quatre ans, ce qui laisse croire que la reprise économique se poursuivra en 2010. L’indice ISM des entreprises est passé à 60, son plus haut niveau depuis janvier 2006 (une cote supérieure à 50 signale une expansion).
  • Les stocks se regarnissent. Les entreprises regarnissent leurs stocks, ce qui signifie que leurs produits se vendent, et les exportations aussi semblent bien se porter.
  • Confiance des consommateurs. L’indice de confiance des consommateurs est en hausse, notamment au cours des deux derniers mois, laissant croire à une potentielle augmentation des ventes au détail.
  • Taux d’intérêt. Les taux d’intérêt bas sont un des piliers de la politique monétaire actuelle. Ils profitent aux consommateurs et les aident à consommer.

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